Comment dire les choses telles qu’elles sont et telles que le langage, en alignant les mots et les phrases, organise une reconstitution d’événements vécus passionnants. Les choses étant ce qu’elles sont, le message que je souhaite livrer par écrits interposés n’est que le reflet de ma pensée. Prétention mal placée ?  Peut-être qu’à trop vouloir dire, on finirait par lasser, même si le propos est au départ, intéressant. Une certitude se présente, nombreux seront ceux que cela n’intéressera pas, d’abord parce qu’ils ne comprennent rien ou pas grand-chose, alors pourquoi faut-il continuer un dialogue qui ressemblerait trop à un monologue, une sorte de message en l’air avec peu d’espoir d’être reçu ?

Il fut un temps où je demandais à tout ancien que je rencontrai, de raconter une anecdote gardée précieusement au fond de sa mémoire ; de quoi compiler de nombreux textes qui seraient réunis dans un livre, un peu à la manière de ce qui est fait avec constance et réussite par l’excellent lieutenant-colonel (er) Mickaël de Prat, il pourrait devenir ’un recueil de nouvelles, un livre des plus intéressants sorti directement des mémoires vivantes de plusieurs de nos Anciens.

Avec un peu d’expérience et la lecture de quelques nouvelles, je me demande si je ne suis pas en présence de scénaristes opportunistes qui utilisent la mythomanie ( à beau mentir qui vient de loin…),  comme le font encore, trop souvent, de nombreux historiens qui sculptent dans le marbre de l’histoire des événements qui n’ont pas été vécus tout à fait comme ils les présentent… Ainsi, nos plus belles histoires peuvent être que des romans sortis de l’imagination de romanciers…

Que signifie donc : “témoin vivant” d’un fait historique, quand est engagée ce que l’on appelle l’appréciation subjective : “qui a vu quoi lors de la collision ? ” Quel est le fond de vérité ? On est poussé à essayer d’établir   une concordance des témoignages afin d’établir la « vérité » de ce qui s’est réellement passé, une découverte qui devient évangile comme ceux écrits par Saint Paul quelques deux cents ans après la mort du Christ…  

Cette dimension prend de plus en plus de place dans les actualités que nous impose notre monde actuel et donne à regarder les grandes hypothèses politiques, religieuses, métaphysiques avec le recul de la réflexion. En désespoir de cause, il arrive qu’on soit tenté de se contenter de formules paisibles : “ à chacun sa vérité”, au moins elle a l’avantage de ne pas faire de trous dans nos estomacs en réaction à des situations qui engageront, sans aucun doute, d’une manière incontournable l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants.

Ce qui me surprend toujours quand je m’adresse à un ancien qui a vécu un moment fort de sa vie de soldat, c’est la modestie qu’il affiche : « il n’a jamais rien fait qui puisse mériter d’être écrit, il n’a fait que son devoir, pas de quoi en parler, il était là, un point, c’est tout ! » En revanche il existe une variété de vieux soldats que l’on n’ose aborder qu’avec des précautions de langages concernant leur passé, ils partagent leur vécu de combattant en raconter leurs histoires en écrivant un livre qui les place d’office dans la catégorie des héros éternels… Ces propos ne se veulent pas polémiques, ce n’est qu’une interrogation et une volonté d’avoir à raconter des choses telles qu’elles se sont réellement passées pour mettre en mémoire une histoire qui devient devoir dès l’instant qu’elle affiche de faits historiques réels.

Il est par ailleurs intéressant de regarder avec curiosité certaines légendes, même celles qui touchent au « sacré ». Nous pourrions souffrir de devoir écrire une nouvelle version. Mais là s'impose un tout autre problème, en fait,  nous avons les légendes et traditions qui nous conviennent et qui ne sauraient souffrir du moindre doute quant à la manière dont elle s’est déroulée.

En conclusion, je reste persuadé que nous serions très inspirés de raconter nos petites histoires sous le prétexte de vouloir partager. Mais gardons-nous de toute naïveté liée à la pudeur de qualité d'écriture; il nous faut alors savoir qu’elles s’envoleront dans l’oubli, ainsi en est-il de quelques destins magnifiques qui disparaitront sans que la mémoire des hommes ne retienne ce qu’ils ont réellement vécu… Dommage !

Commandant (er) Christian Morisot